La voie mystique :

 

La voie mystique ou voie du cœur ( bhakti en Inde) désigne uniquement l’amour mêlé de respect et d’adoration de l’homme pour Dieu. C’est une voie nouvelle directe et simple, celle du cœur ou de la reconnaissance( re- connaissance ) de soi dans laquelle l’amour devient prépondérant.

La caractéristique de la voie d’amour est d’ignorer toute technique ; élan et spontanéité sont seuls requis de la part du mystique ; en outre cette voie de se présente pas comme une voie parmi d’autres, mais comme la voie unique.

La voie mystique se tient à l’antipode des entraînements ésotériques ; il y a beaucoup de sortes d’extases, beaucoup plus que les « adeptes » n’en connaissent.

L’homme doit agir avec la lumière qui le fait homme, c’est à dire l’étincelle divine déposée en lui dès le commencement. Cette prise de possession de la lumière, énergie vibrante et libre, est l’expérience mystique par excellence, réalisation immédiate et foudroyante de la présence divine qui ne laisse aucun doute.

Avec son esprit, le mystique effectuera une percée jusqu’au centre et de là, toute droite, jaillira la flamme d’amour ; elle brulera le cercle artificiel et restreint qui coupait le mystique à l fois de son moi profond et de la totalité cosmique. C’est l’intériorisation qui mène au Cœur universel ; l’énergie utilise à cette fin est l’énergie apaisée, la grâce qui réside éternellement dans le cœur humain ; La grâce est une force que nous envoie le Ciel gratuitement.

La voie mystique n’est pas la sentimentalité contemplative de la nonne cloîtrée.

Il faut pouvoir arrêter la machine mentale dès qu’elle commence à tourner à vide et se mettre alors à regarder, à sentir, à aspirer la Vie, à vivre, à aimer ; voilà la méthode qui n’est pas une méthode, mais dont ceux-là seuls là peuvent concevoir l’emploi qui ont épuisé toutes les méthodes. Ainsi on ne peut obtenir l’amour divin par un exercice quelconque, il est entièrement subordonné à la grâce. C’est le Divin qui prend l’initiative de la quête d’amour en accordant sa grâce ; il inspire l’amour et l’amour s’éveille, puis grâce et amour forment un cercle sans fin, l’amour appelant la grâce et la grâce l’amour. Lorsque s’unissent étroitement la satisfaction de Dieu qui exige tout de l’homme et le cœur humain, grisé d’amour et attendri par la douceur d’une intimité toujours renouvelée, amant, aimé et amour ne font plus qu’un.

Ceux qui se font le mieux entendre du Divin, sont les gens appelés « les simples d’esprits » ; ceux-là ne font pas de gématrie, pas de mantras ni d’exercices ésotériques ; quand ils demandent, c’est avec un cri de leur pauvre vieux cœur épuisé ; ils sont tous près du royaume ; le Ciel les écoute beaucoup mieux que les « initiés ».

Le véritable mystique puise sa vie dans l’amour, dans la caverne de son cœur ; le mystique devra explorer cette insondable caverne, illuminée par le rayonnement intérieur et surnaturel qui dissipe les ténèbres de l’ignorance. Il dé »couvrira une Énergie dans son cœur et par laquelle il obtiendra un parfait assouvissement.

Pour découvrir ces profondeurs abyssales, une attitude d’intériorité entièrement nouvelle par rapport à la vie courante est indispensable ; mais qu’on ne la confonde pas avec l’extraversion ou l’introversion égocentrique dans laquelle on se connait par référence au monde objectif, même si l’on s’oriente uniquement vers les phénomènes de la vie dite intérieure : analyse d’états subtils, concentration sur le vide, rêverie.

Le mystique adonné à cette intériorisation mystique peut, en renonçant aux démarches explorer le fond de la pure Conscience d’où surgit la libre pulsation de la volonté ; pourtant ce renoncement ne dépend pas de son effort car rien de limité n’est apte à y conduire ; c’est pourquoi les grands mystiques de tous les temps eurent recours au don gratuit de la grâce pour expliquer cette expérience simple et indicible.

Pour qui l’a éprouvée, l’absorption mystique n’est rien d’une rêverie d’une tendance émotionnelle, rien de cela, mais un mélange indéfinissable de quiétude, de douceur et d’amour.

Dès que l’agitation a disparue, il ne faut pas voir en elle pour autant torpeur et nonchalance, car ce qui se révèle dans le cœur est une énergie libre, intense et vibrante ; et au contact de cette énergie se détachent extases et intuitions, le mystique découvre peu à peu une illumination qui finit par envahir toute la vie.

La grâce alors déverse un torrent d’ambroisie, de félicité qui dépasse l’imagination et l’entendement. Il en résulte que l’amour divin est conscience subtile, infiniment délicate, saveur de Dieu dont la douceur ne peut-être éprouvée que dans la quiétude et l vacuité propres à la volonté en repos ; cet amour est donc léger, intime, diaphane, nullement un émoi de l’affectivité ou une tendresse sentimentale. Cette grâce conduit le mystique immédiatement à l’illumination spontanée et le libère en cette vie ; le signe d’une telle grâce est un amour inébranlable, intense et désintéressé.

Éprouvé dans la plénitude de la joie du ravissement et de l’ivresse, un tel amour, dont la douceur pousse le mystique à se dissoudre en Dieu, se rattache à la félicité ; après avoir décelé la présence divine en lui puis dans l’univers, il voit bientôt à la fois lui-même et l’univers perdus dans l’Énergie sans limite.

Quand le mystique a renoncé à son activité mentale et libéré de la dépendance à l’égard de ses organes, le mystique établit fortement par la Grâce, jouit de cet état suprême qui se déverse en une ambroisie de béatitude sans égale et sans défaillance.